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lundi 9 octobre 2017

Blason de Turny dans Yonne

Blason de Turny dans Yonne



Turny n’a plus aujourd’hui de Seigneur mais leurs traces subsistent dans le plan et les fossés du bourg de Turny, l’église Saint-Mammès classée monument historique et l’histoire longue et passionnante de la commune. 

Les seigneurs de Turny apparaissent dès le 11ème siècle. Les familles se transmettent leurs droits seigneuriaux jusqu’à la Révolution de 1789.


A la demande la municipalité de Turny, M. Jean Millot, professeur au collège de Saint-Florentin, fondateur du Musée du florentinois, spécialiste de l’héraldique, science du blason et des armoiries a réalisé le blason de Turny en 1990.





Blason de Turny


Descriptif du Blason de Turny


  1. Le blason écartèle les armes de quatre anciens seigneurs de Turny :
  2. burelé d’argent et d’azur à trois chevrons de gueules, le premier écimé, pour le seigneur de la Rochefoucauld.
  3.  d'argent à la fasce fuselée de gueules, pour le seigneur de Barbezières.
  4.  d’argent au chou arraché de sinople, au serpent d’or entortillé sur la tige, pour le seigneur de Chauvin.
  5. d’azur au chevron d’argent accompagné de trois étoiles du même, pour le seigneur de la Borde de Bérulle.

Pour en savoir plus

Livre " les Seigneurs de Turny" par V. Battut


samedi 7 octobre 2017

TURNY au Moyen-âge

TURNY au Moyen-âge

 Le bourg médiéval de Turny





Carte napoléonienne du Bourg de Turny en 1811 indiquant les
emplacements des fossés ceinturant les anciennes fortifications


Au Moyen-âge, presque toutes les terres sont détenues par des seigneurs. Les empreintes du passé témoignent que Turny est un bourg conçu au moyen-âge pour se protéger et organiser sa défense. Ses fossés, sa motte féodale, ses palissades de bois, ses enceintes fortifiées, ses murailles, ses tours de défense complètent et renforcent le dispositif de protection contre les attaques ennemies. On peut pénétrer à l'intérieur du bourg par deux portes d'enceinte équipées de pont-levis. L'une des portes est située à l'ouest coté Bas-Turny. La seconde est à l'est, rue du Pont maillet appelée Grande rue aujourd'hui, en direction des Varennes.


L’origine de la seigneurie


La seigneurie est une institution médiévale qui assure l’encadrement économique et judiciaire des populations par un seigneur. C’est un ensemble de propriétés foncières, de droits et de redevances. Les premiers documents exploitables sur la seigneurie à Turny datent du 12ème siècle. Le possesseur d'une seigneurie porte le titre de Seigneur.  Il peut être un individu, dans la grande majorité des cas un ressortissant de la noblesse, mais aussi une personne morale comme une institution ecclésiastique telle qu'une abbaye, un chapitre cathédral, canonial ou un ordre militaire.  Le pouvoir du seigneur s'exerce par divers intermédiaires dont le plus important est le Bailli. Le souverain peut aussi être seigneur. Les seigneuries qu'il possède forment le domaine royal. Le seigneur est le propriétaire direct des biens fonciers de sa seigneurie. Les modes de la détention de la seigneurie varient :
elle peut être tenue en fief c'est-à-dire conférée par une personne à une autre en échange de services
ou en alleu sans aucune dépendance.

Turny ressort du Baillage de Sens
 

Le Baillage de Sens est l’un des premiers domaines à être réuni à la Couronne en 1015 et y est installé un Bailli royal. Avant la création du Bailli royal de Troyes, en 1300, une partie du Comté de Champagne est soumise à la juridiction de Sens. En 1314, Louis X dit le Hutin ordonne par Lettres que Turny qui dépend de la prévôté de Saint-Florentin, ressort dorénavant du Baillage de Sens. (Ordonnances des Rois de France - Volume 12 Imprimerie royale 1777)


Les droits seigneuriaux



Chaque seigneur dirige une seigneurie. On désigne par droit seigneurial les avantages et responsabilités attribués au seigneur français par la détention d'une seigneurie. La seigneurie confère au seigneur un droit symbolique, fiscal et judiciaire sur les terres et sujets de son domaine. La seigneurie a donc un rôle hiérarchique, de représentation du Roi et de l'ordre mais aussi celui de faire vivre, voire d'enrichir le seigneur. Elle comprend deux parties :
1. La réserve (c’est son domaine) que le seigneur garde pour lui.
2. Les tenures (terres qu’il loue aux paysans en échange de corvées, et de redevances). Il y dispose de nombreux pouvoirs : il commande, protège, juge, administre.

Les seigneuries rapportent de l'argent au Seigneur par les impôts qu'il peut y lever, en particulier :
Le cens, redevance foncière perpétuelle due par le paysan qui reconnaît sa sujétion au seigneur. La valeur du cens est immuable. Il est réglé en argent ou en nature.
Le surcens, tentative seigneuriale d'accroître le cens, généralement faible.
Le champart, prélèvement en nature effectué par le seigneur sur les terres en culture, le plus souvent sur les céréales, en moyenne une gerbe sur huit.
Les droits casuels, droits d'un seigneur sur les profits occasionnels de son fief.

La seigneurie confère l'obligation de rendre la justice seigneuriale dans les affaires civiles comme dans les affaires criminelles. Par les ordonnances judiciaires de 1670, la seigneurie est responsable selon les lieux de :
3. La basse justice, pour les sommes inférieures à 3 livres tournois.
4. La moyenne justice qui permet également d'infliger des amendes.
5. La haute justice qui inflige des peines infamantes, afflictives ou mortelles. Cette justice est dans la compétence des juridictions royales.

La justice seigneuriale est rendue par des officiers ou des magistrats seigneuriaux dont le titre varie selon les cas et les usages comme les procureurs fiscaux, les viguiers, les bayles, les juges, les prévôts. Les seigneurs, avec droit de basse et moyenne justice, peuvent afficher leurs armoiries. Ceux de haute justice peuvent afficher en plus les fourches patibulaires ou planter un pilori, symboles de justice. Les seigneurs ont droit de prééminence d’église qui leur permet de bénéficier de places réservées et de différents droits honorifiques :

Patronage : au haut Moyen-âge, de nombreux seigneurs s’adjugent le droit de désigner les desservants des églises.
Droit de banc ou d'escabeau avec accoudoir dans les stalles.
Droit à une tombe dans le chœur.
Droit aux armoiries dans les vitraux ou sculptées sur la façade de l’église.
Droit de litres lors des enterrements. On entend par le terme litre, une bande noire, peinte en forme de lé de velours sur les murs d'une église en dedans ou en dehors, sur laquelle on reproduit les armoiries des patrons et des seigneurs hauts justiciers, après leur décès.

C’est le cas à l’intérieur de l’église de Turny où une litre seigneuriale noire est peinte sur les murs de l’église, des stalles seigneuriales sont encore visibles et au moins une tombe est placée dans le chœur.

La vie des paysans au Moyen-âge



Durant mille ans, dans toute l’Europe médiévale, neuf  hommes sur dix sont des paysans et ils travaillent toute leur vie pour un seigneur. Comme nous l'avons vu précédemment, la terre appartenant au seigneur est divisée en deux parties :

La réserve domaniale : du latin dominus (maître). En plus du château ou de la résidence seigneuriale, elle comprend les champs, les vignes, les pâturages, les forêts, les terrains de chasse du seigneur. Elle intègre également le village installé autour du château, avec le four, le moulin et des artisans tels que le sellier ou le forgeron.

Les manses ou tenures : Le reste du domaine est divisé en manses ou tenures attribués, selon leur étendue, à une ou plusieurs familles paysannes. Le manse est la cellule fondamentale de l'économie agraire du moyen-âge. Le serf dispose des produits du potager, ainsi que de la basse-cour et du porc. Le mouton est réservé à la laine et le bœuf pour le trait. Le serf a également le droit de faire paître ses bêtes sur les champs en jachère (terrains non cultivés). En échange de la terre et de la protection militaire, le serf a des devoirs envers son seigneur. Il doit remettre une partie de la récolte à son suzerain et payer des taxes. Il doit également participer à des travaux appelés corvées. Ces tâches peuvent être des labours, récoltes ou sarclages sur les terres du seigneur. Ils peuvent être également appelés à la réparation d'un pont, creusement d'un puits ou réparation des murs du château.


Au fil des ans, les besoins en argent des seigneurs s'accroissent. Le paysan obtient des revenus en vendant au marché les produits qu'il ne consomme pas. Cela modifie la condition du serf qui peut ainsi s'affranchir des corvées et réquisitions militaires en échange d'une somme d'argent au seigneur. On passe ainsi du servage au fermage, le propriétaire louant la terre au paysan qui l'exploite à son compte. La production agricole augmente considérablement car le paysan travaille à son compte et se doit d’obtenir de quoi payer le loyer et de quoi nourrir sa famille. Les paysans constatent que certaines cultures comme les céréales, appauvrissent le sol, alors que d'autres comme les légumineuses (pois, fèves, haricots) l'enrichissent. Au moyen-âge, la rotation devient triennale : le champ est cultivé en céréales la première année, puis en légumes la deuxième année, avant d'être laissé en jachère la troisième année. Le gain de ce système est double. En effet, désormais seul un champ sur trois reste improductif  et la culture des légumes enrichit la terre. La production augmente de 50 %, le paysan peut vendre ses excédents et améliorer sa condition précaire. De plus, la technique permet l'amélioration des outils agricoles : araire, charrue, herse, houe, faucille...

Le calendrier du Rustican, datant du 15ème siècle, représente, pour chaque mois, le travail agricole dominant (sauf pour le mois de mai qui est illustré par une activité seigneuriale, d'ailleurs souvent néfaste aux paysans : piétinement des récoltes par la cavalcade des chasseurs).





Calendrier du Rustican - Enluminure du XVème siècle par Pierre de Crescent - 1308

Janvier : il cure les fossés avec une houe.
Février : il épand du fumier avec une hotte et une bêche.
Mars : il taille la vigne avec une serpe.
Avril : il tond les moutons avec des forces.
Mai : il continue les travaux en vue de la prochaine récolte, tandis que le seigneur chasse au faucon.
Juin : il récolte le blé et le foin avec une faux.
Juillet : il moissonne les céréales avec une faucille.
Août : il bat les épis des céréales au fléau.
Septembre : ce sont les semailles, il laboure avec l'araire et sème des graines à la volée.
Octobre : il foule le raisin avec les pieds pour en extraire le jus qui donnera le vin.
Novembre : il pratique la glandée, grâce à un bâton lancé qui fait tomber les glands des chênes ou les faînes des hêtres qui serviront pour engraisser ses porcs.
Décembre : il tue le/les cochon(s).

jeudi 29 septembre 2016

Manège de Chailley dans l'Yonne : l'histoire vraie

La naissance du manège en 1964



Le manège de Chailley en 1970 

C'est Monsieur Plançon, instituteur de la commune de Chailley, qui a eu l'idée, en 1964,  de construire un manège pour la kermesse des écoles. Des parents d'élèves ont pris modèle sur un manège de chevaux de bois lors de la fête patronale de Chailley, la saint-Jacques. 

C'est à partir de ce moment-là, que dans l'atelier de Jean Richemont, serrurier à Chailley, l'aventure a commencé ! Ce dernier a construit l'ossature métallique.

Jacques Renuzeau, menuisier au hameau du Vaudevanne, a travaillé la partie bois.

Albert Barillon et son fils Charles, mécaniciens, et fondateurs du garage Barillon dans la commune, se chargent de la partie mécanique.

Le frère de Charles, Michel Barillon, a trouvé à l'usine Peugeot de Sochaux où il travaille, le pont d'une 5 CV qui fait tourner le plateau du manège, grâce à un moteur électrique dont tout le monde a oublié la provenance.

René Châtel, peintre au village, a donné des couleurs au manège. 

Gabriel Compagnon, tapissier, a confectionné la belle bâche orange.

La fabrication a duré presque une année, en dehors des heures de travail. Mais quand on aime ce qu'on fait, on ne compte pas ! C'était aussi l'occasion pour tous les professionnels du village de donner de leur temps et de leurs compétences pour la joie des enfants.

Le manège est prêt en temps voulu. Il sera inauguré lors de la kermesse du dimanche de Pentecôte de 1965. J'avais alors 9 ans.

Les enfants étaient enchantés. 
Jean Richemont se souvient : "Notre manège ressemblait tout à fait à un vrai ! La recette a été de vingt mille francs la première année de son fonctionnement et il n'avait rien coûté "

Souvenirs du vieux manège

Souvenirs de Véronique Battut, enfant de 9 ans à l'époque 

J'ai des souvenirs de petite fille des années soixante. J'ai 9 ans lorsque j'ai connu ce manège magnifique. Je n'habitait pas Chailley mais je venais régulièrement en vacances chez mes grands-parents Marcel et Germaine Bourgoin. A la kermesse, tout le monde se précipitait : les enfants, les institues ou institutrices, les parents, les plus âgés.. Tout le monde sortait. La veille, la place de la mairie se remplissait de tous les organisateurs bénévoles. Les hommes montaient des stands en bois recouverts d'une bâche sur le mail, en face de la Mairie.  Chaque stand abritait un jeu : le chamboule-tout avec des boites de conserves, le casse-assiettes avec une balle en tissu lestée, le jeu d'adresse avec une tige de bois lestée d'un fil et d'un anneau de rideau visant à placer l'anneau sur le goulot d'une bouteille placée au fond du stand, la carabine à fléchettes, le labyrinthe avec un cochon d'inde , la pêche à la ligne préparée et animée par ma tante Nicole Frochot....

Et puis, il y avait le beau manège, le clou de la fête des écoles. Il me paraissait grand. Les enfants se ruaient pour y monter chacun leur tour. On prenait un ticket à la caisse tenue par un parent d'élève, on donnait son ticket et on pouvait s'installer. Moi, j'adorais la voiture rouge à pédales, ma cousine Annick préférait le canard jaune à bascule.


L'ancienne voiture à pédales du manège

Il y avait de la musique bien sût et surtout le gros POMPON. Si on l'attrapait, on gagnait un tour gratuit. Il y avait toujours des enfants plus rapides que moi pour l'attraper avec de grands cris.
Tout le monde adorait ce manège et on voulait y rester. Mais il fallait sa place aux autres.
Mon grand-père, Marcel Bourgoin, Maire de Chailley était ravi de rassembler toute la jeunesse de sa commune et des alentours. Ma grand-mère Germaine, avait confectionné toutes les enveloppes de la loterie et rassemblé les lots dans la salle de classe du rez-de-chaussée. Un paquet de 10 enveloppes vendu, donnait droit à des lots de toute sorte que remettait ma grand-mère aux gagnants, accompagnée par d'autres bénévoles. 

Souvenirs de Danièle Barillon,  jeune maman

Danièle, s'occupait de la caisse du manège. Elle se souvient que les mamans venaient chercher les tickets. Elle faisait descendre ou monter le Pompon. Elle surveillait les enfants pour qu'ils ne descendent pas du manège en marche. Ca tournait, ça tournait ... Et tout le monde était heureux. Le manège ne désemplissait pas, on devait même faire la queue. Chailley était le seul village de l'Yonne a posséder son propre manège. 

Le manège endormi

Depuis 2012, le manège trop âgé ne tournait plus. Il dormait dans un hangar. Plus aux normes actuelles, il était devenu dangereux. Pourtant personne n'avait osé jeter ses pièces et éléments.

La renaissance du manège

C'est alors que des anciens élèves, Vincent Fouquier et Benoit Rétif, petits-enfants de Jean Richemond lancèrent l'idée de redonner vie à ce manège. Christophe Fernandes, Pierre Purson et Sébastien Lubin les ont rejoints pour tenter de redonner vie à ce manège qui fait partie de l'histoire du village.

Mais avant de les restaurer, il fallait savoir ce qui n'était plus aux normes. Il fallu donc remonter le manège dans le hangar de Jean et Christine. Puis, Kamel Talahoui, un ami de Vincent, Pierre et Sébastien, qui travaille dans la société Véritech, a fait le diagnostic : la partie électrique était défectueuse. La mairie de Chailley, sous l'égide de son Maire Gérard Bourgoin, donne son accord pour aider à cette restauration. Hervé Cyganko, adjoint au Maire se charge de coordonner les travaux. En tout une vingtaine de bénévoles décident de réanimer le manège, dont Laurent Bourgoin, électricien, Joël Piat, Ramuel Packo, Yvan Magnani.

C'est avec émotion que Jean Richemont s'est chargé de la partie métallique comme il y a cinquante ans. Il a réparé une petite voiture bleue qu'il a repeinte de le même couleur.

Pierre Jaurey, autrefois menuisier chez M. Renuzeau a réparé la partie en bois.

Christophe Fernandes a fourni gracieusement un tableau électrique aux normes de sécurité actuelles.

Stéphane et Magalie Duballe, Jean et Christine Chollet ont émis le manège en valeur en le repeignant. Jean a même mis au point un plan de montage du manège pour que la transmission soit assurée. 

Inauguration du manège rénové, le dimanche 25 juin 2015

Inauguration du manège en 2015 en présence de M Cyganko, Jean Richemond et Yvan Magnani


Le dimanche 25 juin 2015, une quinzaine de personnes se sont donné rendez-vous sur la place de la Mairie pour le montage du manège. L'ambiance est chaleureuse autour du café et des croissants par notre parent d'élève boulanger.

Certains n'avaient jamais vu le manège. Ils ne savait que faire de toutes ces pièces du puzzle entassés sur la place. Heureusement, Jean Richemond, aidé de Jean-Marie Chaussin, un ancien parent d'élève, mécanicien, connaissait bien le manège pour l'avoir monté pendant 18 ans. Nos experts ont guidé la manoeuvre et peu à peu le manège tant attendu a repris forme.

L'après-midi, l'ambiance est joyeuse à la kermesse. les enfants heureux de découvrir ou redécouvrir le manège. Certains se chamaillent déjà pour savoir qui va monter dans la petite voiture rouge. D'autres trépignent pour ne pas descendre du manège. Et lorsque le fameux Pompon se  balance à nouveau au dessus des enfants, tous s'agitent, se lèvent, crient pour l'attraper. Comme il y a un demi-siècle ... Quel succès cette kermesse !

Ce texte est librement interprété à partir du travail des élèves de moyenne et grande section de maternelle et ceux de Cm2 animé par leurs enseignants dont Yvan Magnani, directeur de l'école. Mme Lorrot a aidé les enfants pour la mise en écriture d'un livret disponible à l'école de Chailley.

Véronique BATTUT






mercredi 20 juillet 2016

Souvenirs de Charles Barillon disparu dans l'Yonne








Un habitant de Chailley, village du nord du département de l'Yonne, âgé de 78 ans a disparu le 1er juillet 2016. 

Il est décrit comme un homme de corpulence moyenne, mesurant 1,72 mètres avec les cheveux grisonnant. Il souffre de la maladie de Parkinson. Toute personne disposant de renseignements est invitée à contacter la gendarmerie.  Je vais apprendre rapidement qu'il s'agit de Charles BARILLON.



Charles BARILLON, 78 ans


Le septuagénaire a été porté disparu depuis vendredi 1er juillet 2016 à 15h00. Parti le matin à 9h30 avec son véhicule, pour aller cueillir des champignons dans la forêt d'Othe à quelques kilomètres du village de Chailley, il n'est pas rentré chez lui et plus donné signe de vie. Sa famille a alerté la gendarmerie à 15h00. Sa voiture a été retrouvée dans le hameau du Vaudevanne à quelques kilomètres de son village. Mais pas de trace de Charles.Les gendarmes ont déployé de nombreux moyens pour le retrouver : équipes cynophiles, hélicoptère équipé d'une caméra thermique. Des battues ont été organisées pendant 5 journées, avec la participation de nombreux habitants du village. 70 à 80 bénévoles ont été encadrés par une dizaine de gendarmes à pied, habillés en treillis, des sapeurs pompiers, six maitres chiens. Chaque parcelle est ratissée en ligne, bâton à la main pour fouiller dans les ronces. Les réseaux sociaux (facebook, twitter, sms...) ont fonctionné à plein pour relayer les appels à témoignages.







Battue dans les bois de la Forêt d'Othe (recherche Charles Barillon)






Il faut dire que l'ancien garagiste est connu dans le village et que chacun a à l'esprit sa maladie de Parkinson rappelle son cousin : " ça bloque les nerfs. Le traitement qu'il a c'est justement pour lui donner ce qui manque afin d'activer le système nerveux. Donc s'il n'a pas ça, il se bloque et il ne peut plus bouger ". Mais c'est quelqu'un de prudent précise Dadou, son neveu : " Quand il se perdait, il arrivait sur un chemin ou une route et il ne bougeait plus. Il attendait que quelqu'un vienne le chercher. Une ou deux fois on a été le chercher. Il ne s'amusait pas à traverser toute la forêt. " (France Bleue Auxerre).


Charles Barillon a marqué toute une époque à Chailley. 



Né à Chailley, il a fait toute sa scolarité dans son village. Il a côtoyé toute une génération d'enfants de Chailley : Gérard Bourgoin, Alain Charlot, Nicole Frochot pour ne citer que mes oncles et tantes.

C'était un élève sérieux en témoigne son dessin de la Chappelle dans le livret daté de 1948-1949, intitulé l'histoire de Chailley, rédigé par les élèves de M. Millot, Instituteur.



Dessin de Charles Barillon - La Chapelle de Chailley- 1949




Son père Albert Barillon a construit son garage, dans la grande rue de Chailley en 1916. Situé d'abord 39 grande rue, le garage d'Albert et de sa soeur Marcelle a toujours été celui de l'agent Peugeot. Après son mariage, Irénée Barillon prend la suite de sa belle-soeur. Plus tard le garage s'installe de l'autre côté de la route au 22. 






Le garage Barillon à Chailley





C'est en 1974 que Charles Barillon, ouvrier chez son père, prend la relève, comme agent Peugeot. 

Le garage local prend un grand essor sous la direction de Charles. Son mécanicien Raymond Grellat, compétent, y travaille sans relâche pendant trente ans. Raymond Grellat , conseiller municipal  dès 1958, sous la mandature de Marcel Bourgoin, Maire, était aussi une figure dans le village. Son épouse tenait une boutique de bric-à-brac où on trouvait pèle-mêle des bonbons, des jouets, des cartes postales, de la laine, de la mercerie, des vêtements, des cadeaux, des chaussures, des articles ménagers. Son magasin, installé au rez-de-chaussée de sa maison, sur la grande rue, près de l'ancienne poste, était une caverne d'Ali Baba. Enfant, nous courrions chez Mme Grellat dit "Gaby" née Gabrielle Manigaut, dès que nous avions une petite pièce ; elle remplissait nos poches des plus exquis bonbons que j'ai pu manger ! 

L'épouse de Charles, Danièle sert les clients à la pompe à essence et s'occupe de la comptabilité. Elle dit avoir vu son mari " plus en côte qu'en habit ". Elle poursuit " Il a la passion et le goût du travail bien fait ". (Chailley nouvelles n°44 - 2014). 

Charles a participé à la fabrication du manège de Chailley

Je pense fort à Danièle, son épouse, qui vit ce drame. Avec Danièle Barillon, nous avions été interviewé ensemble par les élèves de la classe de CM2 de M Magnani en 2015. Nous avions évoqué nos souvenirs de l'ancien manège du village construit par les habitants en 1964. Pour sa renaissance en 2015, les enfants devaient relater dans un livret l'histoire de ce manège. Si moi, j'avais évoqué mes souvenirs d'enfant émerveillée par ce beau manège, Danièle a expliqué que Albert son beau père et Charles Barillon son mari avaient participé activement à cette construction. Le frère de Charles, Michel, qui travaillait à l'usine Peugeot de Sochaux, avait amené un pont de 5 CV qui faisait tourner le plateau du manège grâce à un moteur électrique. Toute la partie mécanique avait été confiée à la famille Barillon. C'est un exemple de l'implication de Charles dans la vie communale.




L'ancien manège de Chailley


Le garage Barillon, garage attitré de l'usine de Chailley 

Une entreprise de découpe et de transformation de volailles " la Chaillotine " est créée par son copain de classe Gérard Bourgoin, fils du boucher de Chailley Marcel Bourgoin, mon grand-père.  L'entreprise de Chailley va se développer dans toute la France et exporter sa production à l'international. Le garage de Charles Barillon se met à réparer et entretenir les camions de livraison de plus en plus nombreux et sophistiqués. Il n'est pas rare, de voire ces camions endommagés, ces poids lourds frigorifiques en panne, garés dans la rue devant le garage.







Charles BARILLON dans son garage à Chailley 89





C'est ainsi que je l'ai connu enfant quand je me rendais en vacances chez mes grands parents Marcel et Germaine Bourgoin. 


Il portait sa côte bleue et son béret noir sur la tête. Toujours aimable, mais toujours au travail. Sa maison d'habitation était accolée au grand garage et il ne quittait guère son atelier. Car le travail ne manquait pas. Les Parisiens en résidence secondaire, comme les Chaillotins savaient qu'on pouvait lui faire confiance.

Je me souviens d'une anecdote qui met en valeur sa gentillesse, son dévouement et ses compétences techniques. J'étais venue à Chailley en voiture avec ma mère Arlette. Le dimanche soir nous nous apprêtions à rentrer à Paris. Ma mère se met au volant de ma voiture et recule violemment. Elle heurte un arbre planté sur le trottoir, entouré d'une bordure en ciment. Le pneu arrière éclate. Qu'allions nous faire un dimanche soir à Chailley, petite commune rurale. La seule solution que nous propose tante Nicole, chez qui nous étions, c'est d'appeler Charlus. Enfin Charles Barillon. Un dimanche en fin d'après midi ? Son garage était fermé et lui au repos. Ma tante l'appelle au téléphone et quelques minutes, nous voyons arrivé un homme empressé. C'était Charles Barillon. Il semble très heureux de pouvoir nous aider. Il constate les dégâts et s'en retourne à son garage. " Je reviens tout de suite ". Il revient en côte de travail, s'installe au volant de la voiture et la place à un endroit abrité; Puis il entreprend de sortir la roue de secours, de faire fonctionner le cric et en quelques minutes, la roue de rechange est installée. C'était si simple pour lui. Le plaisir de rendre service à toute heure et tous les jours.

C'était un homme bien. C'était Charles. 

 A noter : Une nouvelle et peut-être dernière battue s'est déroulée mardi 2 août le matin, encadrée par les gendarmes, dans un périmètre de la forêt à proximité de son véhicule ; Elle n'a rien donné. Toujours aucune trace de Charles Barillon à ce jour. C'est une disparition qui reste totalement mystérieuse.


Dernière information : le 15 novembre 2016, des ossements sont retrouvés près d'armes  Après enquête, Il s'agit de ceux de Charles Barillon. Il est bien décédé dans la forêt qu'il aimait tant.