Edmond Battut, Mineur à Messeix (Puy de Dôme)




Jean Marie Edmond dit Edmond Battut, Sosa 4, mon grand-père est né à Messeix le 1° août 1908.

Acte de naissance Jean Marie Edmond Battut
Jean Louis Edmond Battut


Il a été Mineur de Fond au Puys Saint Louis, à la Mine de Messeix depuis l'âge de 14 ans.
Son père Louis Battut, Sosa 8, né à Bourg Lastic exerçait déjà ce dur métier. Ce dernier s'est marié, le 9 février 1899, à Marie Antoinette Fargeix, née à Messeix.

Louis Battut et son épouse Marie-Antoinette Fargeix
Mes ancêtres Battut ont vécu, successivement, une partie de l’histoire du développement des mines de charbon de Messeix,  définitivement fermées en 1988. A l’ancien puits Saint-Louis où travaillait mon grand-père Edmond, l’association MINERAIL a créé le musée de la Mine qui permet aux jeunes générations de se souvenir de ce passé industriel dans une région rurale et aujourd’hui touristique. Moi, je garde le souvenir des traces d’anthracite bleues qui avaient glissé sous la peau de mon grand-père le marquant à tout jamais dans sa chair.

La commune de Messeix

Situation de Messeix en Puy de Dôme
Messeix est situé au sud-ouest du département du Puy-de-Dôme à 15 kilomètres des limites des départements du Cantal, de la Creuse, de la Corrèze. La commune de Messeix, située dans le département du Puy de Dôme en Région Auvergne,  s’étend sur 4 000 hectares entre les rivières Dordogne, Chavanon et Clidane. La culture des céréales étant l’activité principale en agriculture on marque cette particularité par le simple nom Mecensis issu du latin Meces (moissons). Les riches terres volcaniques facilement labourables accueillent surtout le seigle. Transformé en farine dans de nombreux moulins, il permet la fabrication du pain, cuit dans le four banal fonctionnant dans chaque village jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le sarrazin entre dans la confection d’épais beignets fort consommés, l’avoine sert à la nourriture des animaux.  Les registres paroissiaux révèlent une grande stabilité de la population jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1769 on dénombre 1 242 habitants répartis au bourg et dans une quarantaine de villages ou lieu-dits.

1768, le début de l'exploitation du charbon à Messeix

La sortie des Mineurs à Messeix 1900

Un rapport de 1768  parle d'un champ d'exploitation situé prés de Bogros exploité par des paysans au lieu dit Chomadoux. Le charbon extrait est alors vendu aux fours à chaux voisins et aux maréchaux-ferrants.  Le 23 novembre 1831, une ordonnance royale accorde à M. Sablon Jean-Baptiste une concession de mine de houille de 1 118 hectares, située dans les communes de Messeix, Singles et Avèze (Puy-de-Dôme). Cette concession a pour but de permettre l'exploitation d'un gisement reconnu par des affleu­rements dans les vallées de la Clidane au nord, et de la Dordogne au sud. Par pétition du 18 octobre 1837, M Sablon demande, au nom du comte Louis de Castellanne, la concession des mines de houille de la Clidane, dont le périmètre embrasse une surface de 152 ha et porte sur la commune de Messeix.
Plan de Concession de 1831

Le comte  de Castellanne avait, aux termes d'un traité avec M Sablon, l'intention d'entreprendre, au 1er mai 1838, des travaux et essais pour le traitement des minerais de fer du pays par les houilles sèches de Messeix et de la Clidane. En fait, M de Castellanne renonce entièrement à son projet et se désiste du traité passé avec M Sablon, désistement accepté par ce dernier, mais « sous toutes réserves quant aux dommages intérêts à répéter pour cause de non-exécution des conventions stipulées ». En 1848, M Sablon établit un puits situé à 1 200 m à l'ouest du hameau de Bogros, et il exploite pendant quelques mois une couche très inclinée. Les galeries sont noyées par l'invasion des eaux. Il cède alors la concession à la Société en commandite par actions Charles Vazeille et Cie. Les nouveaux propriétaires foncent un puits non loin de celui de M Sablon, qu'ils abandonnent en 1849, parce qu'il offrait un champ d'exploitation trop faible, étant trop près des affleurements. Ils se repor­tent à environ 200 m à l'ouest, et creusent le PUITS TEYRAS.


Le Puits Teyras de Messeix en 1905

Ils achètent à la même époque le pré Chalamel (le Port-Sec actuel), et finissent par y établir le centre de leur exploitation. Tout le charbon était transporté à dos de mulets, la plus grande partie aux Fonderies de Pontgibaud, et le reste aux Forges de la Cellette (fonderie de fonte) (environ 2 000 t/an). Par pétition du 7 juin 1851, les concessionnaires de Messeix demandent la modification de la conces­sion, de manière à laisser en dehors des terrains stériles compris dans leur concession actuelle et à comprendre des lambeaux de terrains houillers qui leur sont limitrophes. Par pétition du 30 décembre 1852, MM. Vazeille et consorts, concessionnaires, amendant leur précédente pétition du 7 juin 1851, demandent que leur conces­sion soit définitivement délimitée.

Puits Teyras 1915  Messeix 


1880 Le Puits Sainte Suzanne

Puits Sainte Suzanne 1900
Vers 1879-1880, grâce au passage de la ligne de chemin de fer de Clermont-Ferrrand à Tulle dans la vallée de la Clidane, qui va permettre l'expédition du charbon dans la vallée de la Clidane, un nouveau puits est creusé afin d'explorer plus profondément le gisement de houille. Ce puits aura le nom de puits SAINTE SUZANNE. A la fin du 19eme siécle, des bâtiments seront aussi construits sur ce lieu qui deviendra "La Mine" pour loger les familles des mineurs.  C’est au puits Sainte Suzanne que va travailler, en qualité de mineur, mon arrière grand-père Louis Battut.  Il sera logé dans une maison des mineurs. Le puits Sainte Suzanne, par mal­chance, rencontre une zone failleuse. Il sera  fermé en 1930. La Société traverse alors une période extrêmement difficile. Une ancienne actionnaire de la Société Charles Vazeille intente un procès pour faire annuler la création de la Société anonyme nouvelle. M Villet principal actionnaire de la nouvelle société, doit vendre tous ses biens et propriétés pour éviter la mise en faillite. A cette époque, l'anthracite ne se vend pas; on a simplement trouvé quelques débouchés chez les fabri­cants de chaux grasse en Charente, et de chaux hydraulique à Saint-Astier (Dordogne). Vers 1887, les poêles à combustion lente commen­cent à se répandre, amenant une clientèle nouvelle.

Les cités des Mineurs
Sont construites les cités des Gannes 707 habitants et de Bogros 612 habitants avec leurs services, leurs écoles, leurs commerçants. A 3 kilomètres, tournant le dos aux installations minières, s’édifie en 1912-1913, la cité de Messeix où habitent Edmond Battut, mon grand-père et sa famille : vingt et une maisonnettes, avec un souci esthétique évident, s’ouvrent sur la campagne et le bourg auxquelles s’ajoutent vingt-deux nouveaux logements, construits sous la forme des corons du Nord, au sud de cette cité.


Cité des Mineurs Bogros à Messeix




1915-1931 : Le développement de la Mine
La guerre de 1914, avec ses exigences nouvelles, oblige à pousser l'extraction au-delà des limites pré­vues. On crée la cité des Gannes et d'autres loge­ments, etc. En 1923, on entreprend le nouveau Siège Saint-Louis, en dehors de la cuvette houillère. Le puits est achevé en 1927 et mis en service en 1928. Les effectifs de la Mine passent de 1915 à 1926 de 400 à 800 personnes pour atteindre 980 en 1931. La production de 120 000 tonnes par an qui s’écoule par des galeries débouchant sur l’usine de traitement située le long de la voie ferrée. On charge le charbon lavé, transformé en boulets dans des wagons acheminés dans les lieux d’utilisation. Malgré des conditions de travail difficiles, l’absence de grisou prévient les catastrophes, les mineurs peuvent fumer au fond et utiliser leur lampe à acétylène à flamme nue.

1928 : Le puits Saint Louis
Puis on fore le puits SAINT-LOUIS à trois cent vingt-neuf mètres de profondeur, en activité de 1928 à 1988 sans interruption. 


Puys Saint Louis Messeix
C’est dans ce puits que va travailler mon grand-père Edmond Battut en qualité de Mineur de fond. Il va s’installer avec sa famille dans une petite maison de la cité. Les petites maisons individuelles de la cité de Messeix, à proximité du Puits Saint-Louis,  s’ouvrent sur la belle nature de la montagne auvergnate et sur le bourg qui compte de nombreux cafés restaurants, huit commerces d’alimentation, quatre bouchers, trois boulangers, trois cabinets médicaux, trois coiffeurs, une ambiance villageoise que ne troublent pas les stigmates de la mine celle-ci est à trois kilomètres sur l’autre versant de la haute colline.

Cité ouvrière de Messeix où ont vécu Edmond Battut et son épouse Amélie Pénicaud
"J’ai aimé la vie douce et chaleureuse des cités dans des petites maisons serrées les unes contre les autres dominée par l’image tutélaire de « La Mine » qui s’impose de la naissance à la mort ; malgré moi, sous ma plume, apparaît la majuscule, je reste encore marqué par une sorte de respect, non d’une entreprise banale mais d’une institution avec ses règles, ses dangers, sa fraternité et ses avantages. La vie ponctuée par les appels de la sirène, cette « Corne » qui annonce la prise des postes de travail, matin, midi et soir est notre angélus. Chaque soir, pour le poste de jour qui commence à six heures du matin, mon père, ouvrier piqueur garnit de carbure sa lampe à acétylène, prépare son sac pour le casse-croûte comme il l’a fait chaque jour pendant trente-deux ans. Je l’imagine au fond d’après les récits que font entre eux les mineurs après le travail, autour d’un verre. Ils décrivent « les tailles », la chaleur, l’eau, la verticalité des postes, le compagnonnage. Le piqueur arrache le charbon, le boiseur, la hache à la main, entaille les bois avant de les mettre en place pour soutenir la galerie au fur et à mesure que le travail avance, le manœuvre évacue le charbon en le chargeant dans des wagonnets. L’équipe n’a pour seul éclairage, que sa lampe à flamme nue que chacun fiche par le croc de son anse dans la paroi."  Témoignage de Jean BATTUT, Sosa 2, mon père né à Messeix le 14 février 1933
Lampe à carbure des mineurs

Briquet à mèche et à essence servant à allumer la lampe à carbure
1946 : Nationalisation des Houillères du Bassin d’Auvergne
Après la guerre en 1946, les mines deviennent propriété de l'état et les houillères de Messeix deviennent alors l'exploitation de Messeix des Houillères du Bassin d'Auvergne.  La nationalisation des charbonnages de France qui intervient en 1946, élaborée par une commission comprenant des représentants des syndicats des mineurs, du gouvernement et du patronat minier.
Nationalisation des Charbonnages de France 1946
Créées par trois décrets successifs des 28 juin, 17 juillet et 16 septembre 1946, les Houillères du Bassin d'Auvergne ont un domaine qui s'étend sur cinq départements : Allier,   Cantal,   Creuse,  Haute - Loire et Puy de Dôme, c'est-à-dire sur 32 000 km2. C'est un des plus grands Bassins français en superficie (7 500 km2 pour le Bas­sin du Nord-Pas-de-Calais). Elles ont regroupé, autour d'un siège central fixé à Clermont-Ferrand, huit exploitations indépendantes, avant 1946  dont  Messeix .  Le gisement de Messeix fait partie du « Grand sil­lon houiller du Plateau central français » qui va de Decize à Décazeville.

Le statut des Mineurs
Elle définit le statut du mineur en assurant une forte augmentation de leurs salaires, rémunérations garanties par l’article 12 du statut. Le 27 novembre 1946 est créé le régime spécial de la Sécurité Sociale dans les mines. Ce régime spécial codifie et améliore les dispositions de la loi du 29 juin 1894 qui a institué un régime de prévoyance sociale obligatoire pour les travailleurs du sous-sol. Le premier volet de cette loi porte sur les pensions et les retraites constituées par un versement à 4% des salaires à la caisse nationale de retraite vieillesse (2% versés par les salariés s’ajoutent 2% versés par les exploitants) versement capitalisé jusqu’à 55 ans. 


Statut du mineur 14 juin 1946
Le deuxième volet porte sur les sociétés de secours mutuel qui ont en charge l’assurance maladie, la gestion assurée par des conseils de neuf membres (six élus parmi les ouvriers, trois désignés par l’exploitant).  La caisse de secours fondée en exécution de la loi du 29 juin 1894 a pour conséquence l’installation du premier conseil de la caisse de secours des houillères de Messeix.

Le gisement de charbon de Messeix
Le charbon extrait à Messeix est classé parmi les anthracites typiques. Il en a  la constitution habituelle: pâte très abon­dante et éléments figurés exclusivement représentés par de petits fragments de tissus ligneux fortement gélifiés. En 1954, l'usine à boulets subit une pre­mière modernisation. On installe un four moderne à rouleaux. En 1958, la campagne de sondages effectués en 1954-1955 ayant montré que le gisement s'amenuisait vers le sud, il fallut abandonner l'idée de concentrer toute l'exploitation entre 624 et 740 dans un plan 14/24. A la même époque, la décision de fermeture des mines de Champagnac, et le transfert à Messeix d'une partie des ouvriers qui y travaillaient, entraînèrent la construction de nouvelles cités ouvrières à Bogros, puis à Serroux, qui s'échelonna de 1958 à 1961. Cette augmentation d'effectif entraîna une hausse de la production. En juillet 1959, la transformation est effec­tuée : remplacement des petites berlines de 500 litres par des berlines de 2 500 litres, mise en service de cages allégées en alliage d'aluminium AG 5, ce qui permit d'aug­menter la capacité d'extraction du puits de 66 % sans changer la machine. Les recettes du puits furent mécanisées : ravanceurs, encageurs pneuma­tiques, planchers mobiles à la recette supérieure de roulage. Parallèlement, toute la voie de roulage du puits au Port-Sec fut remplacée, et un moulinage entièrement mécanique installé. L'exploitation du bloc NI devant entraîner l'effon­drement de la partie nord de la galerie d évacuation des eaux de 624 allant du puits à la sortie des Mouillères, une nouvelle salle des pompes, équipée de pompes refoulant au jour, fut installée à 466, dès la fin de 1959.
Publicité des boulets de charbon de Messeix

1967 : 410 logements dans les Cités ouvrières
Extrait Rapport d’activité des Houillères – 1967 « Le climat est rude (hivers froids, étés chauds) et le relief varié: hauts plateaux à 800 m d'altitude coupés de gorges à la ligne de partage des eaux de la Garonne et de la Loire. Le centre le plus proche est la station touristique et thermale de La Bourboule, à 17 km de Messeix. La station thermale du Mont-Dore est à 23 km, le massif du Sancy, avec ses promenades l'été et ses champs de ski l'hiver, à 30 km. La mine est la seule activité industrielle du pays. Les installations industrielles étant rassemblées dans la vallée de la Clidane, à côté de la voie ferrée, le paysage est très pittoresque et les touristes sont nom­breux l'été. Dans le canton de Bourg-Lastic, où résident la quasi-totalité des mineurs, l'agriculture (petites exploita­tions familiales) emploie environ 750 personnes, dont certaines travaillent à la mine, le secteur tertiaire et le bâtiment environ 650 personnes. Les Houillères assurent donc environ 30 % du total de l'emploi, mais 40 % de l'emploi masculin. On note, d'autre part, l'absence d'emplois féminins en dehors de l'agriculture et du commerce. La Mine est propriétaire de 175 hectares de ter­rains, tous dans la commune de Messeix. »


Fermeture des mines en 1988
Malgré ces investissements successifs, la fermeture du dernier puits, le Puits SAINT-LOUIS, est fixée au 1° janvier 1975. Elle est repoussée jusqu’en 1988 mais en 1984, les effectifs ne sont plus que de 200 employés et les pertes ne font que s’accroître au fur et à mesure des années. Depuis l’annonce de la fermeture de l’exploitation minière intervenue en juillet 1988, le nombre d’habitants a régressé d’année en année passant en trente ans de 3 249 en 1968 à 1 361 en 1998. On retrouve à quelques dizaines d’habitants près la population qui était celle de la commune trois siècles auparavant. Après la fièvre de la Mine pendant un siècle et demi dans une France où la population a considérablement augmenté depuis, le village préserve sous la belle végétation de sa riche terre volcanique, la nostalgie d’un passé ouvrier qui l’a marqué.  De toutes les installations de la région, il ne subsiste aujourd'hui qu'une partie du carreau du puits Saint Louis à Messeix : chevalement, bâtiment de la machine d'extraction, recette (détruite puis reconstruite après la fermeture de la mine lors de la transformation en musée), ateliers, bâtiments des vestiaires/bains-douches. Du matériel lourd (compresseurs, convertisseurs et commutatrices électriques...) a pu être récupéré lors de la démolition de certains bâtiments et réinstallé au niveau de la recette du puits Saint Louis. L’association Minérail gère le musée et propose des visites guidées de ce magnifique site du patrimoine industriel auvergnat.


Minérail Musée de la Mine Messeix
Musée de la Mine dans l'ancien Puits Saint Louis




Romulus, Tambour de village


Tambour de village est une fonction qui n'existe plus. Ça ne sert plus à rien, à notre époque où l'information circule d'un bout à l'autre de la planète en moins de temps qu'il ne faut pour coller un timbre sur une enveloppe. J’ai connu, enfant, les derniers jours du tambour du village à Chailley dans l’Yonne. C’étaient dans les années 1960.
 
Romulus GODARD - Tambour de Chailley - Yonne - vers 1913
Mon ancêtre Romulus Godard, Sosa 26, né le 09 mars 1854 à Cerisiers 89, décédé en 1940 à Chailley a été Tambour du village de Chailley. Une photo jaunie de 1913 environ (date estimée) le montre avec son tambour.  Avec ses cheveux bouclés, sa moustache, et ses yeux rieurs, il avait une forte personnalité.
Une fois ou deux par semaine, à midi, Romulus fixait son tambour sur son torse à l’aide du  baudrier de cuir, le calait contre lui, tirait ses baguettes de leur écusson à douilles, et faisait vibrer à toute force la peau bien tendue. Romulus  sortait  alors de sa poche le papier qu'il allait lire à voix forte et intelligible. « Avis à la population », criait-il de sa voix profonde. « Avissse à la population..!!!»
Les villageois de la rue, sortaient de leurs maisons pour entendre l’avis si précieux. Ils s’approchaient du tambour pendant qu’il continuait à faire rouler ses deux baguettes. Quand il estimait que l’attention était soutenue et que les habitants étaient tous là, il déclamait l’information tant attendue, "d’une voix joyeuse et tonitruante" se souvient sa petite fille Nicole Charlot épouse Frochot.
Arrivée du rémouleur, ramassage des peux de lapins, interdictions diverses, décès, mariages, Romulus, le journal parlé de la commune s’exprimait et était écouté. Un témoin a rapporté à Nicole que c'était lui qui avait tambouriné de joie pour annoncer l’armistice de 1914/1918.
Il déclamait son avis et marchait à grands pas vers une autre rue. Tout le village serait bientôt informé sur ce qu’il devait savoir. C’était le messager. Le crieur public qui faisait ses annonces, à pied,  en jouant du tambour. Le média de proximité à l’époque où toute la population ne savait pas lire et où les moyens de communication modernes (télévision, radios, web...) n’existaient pas encore.
Son arrière petit-fils, mon oncle, Maire actuel du Village de Chailley a intitulé son journal municipal « le Tambour ». Sans doute un clin d’œil. 

Quand la généalogie s’adapte aux nouvelles formes de familles




Le 17 mai 2013 a été adoptée en France, 
la loi N°2013-404 ouvrant le mariage aux couples de même sexe. A l’heure où les premiers couples de même sexe s’unissent à travers le mariage, il est temps de s’interroger sur les conséquences de cette évolution du code civil pour nos futures recherches généalogiques. Au delà de toute polémique, j’ai mis en évidence ce que dit cette nouvelle loi  avant de m’interroger sur ses conséquences sur le travail des généalogistes.

J’attends vos points de vue sur cette réflexion.


Ce que dit la Loi


Le mariage
L’article 143 du code civil précise que  le mariage est contracté par deux personnes de sexes différents ou de même sexe. L’âge minimum pour contracter un mariage ne change pas (18 ans révolus), ni les prohibitions : le mariage entre frères et sœurs, entre tantes et neveux ou nièces, entre oncles et neveux ou nièces demeure interdit.

Les actes de l’état civil
L’article 34-1 rappelle que les actes de l'état civil sont établis par les officiers de l'état civil. Ces derniers exercent leurs fonctions sous le contrôle du procureur de la République.

Le lieu du mariage
Les  futurs mariés pourront s’unir au choix dans l’une de leurs communes de résidence ou dans celle d’un de leur parent.

Célébration du mariage
Le mariage est célébré publiquement lors d'une cérémonie républicaine par l'officier de l'état civil de la commune où l'un des époux a son domicile ou sa résidence.

L’adoption
Le droit à l’adoption découle directement du droit au mariage. Le projet de loi permet ainsi aux couples homosexuels d’accéder à l’adoption simple et à l’adoption plénière. Les mariés peuvent adopter l’enfant de leur conjoint, ou adopter un enfant ensemble, en France ou à l’étranger.
L'adoption plénière de l'enfant du conjoint est permise :
- lorsque l'enfant n'a de filiation légalement établie qu'à l'égard de ce conjoint
- lorsque l'enfant a fait l'objet d'une adoption plénière par ce seul conjoint et n'a de filiation établie qu'à son égard
- lorsque l'autre parent que le conjoint s'est vu retirer totalement l'autorité parentale
- lorsque l'autre parent que le conjoint est décédé et n'a pas laissé d'ascendants au premier degré ou lorsque ceux-ci se sont manifestement désintéressés de l'enfant.

La filiation
Les mots «père» et «mère»sont remplacés par le mot « parents ». Les mots « mari et femme » sont remplacés par le mot « époux ».

Le nom de famille
Chacun des époux peut porter, à titre d’usage, le nom de l’autre époux, par substitution ou adjonction à son propre nom dans l’ordre qu’il choisit.
L’enfant adopté a le nom de famille de l’un de ses deux parents, ou les deux accolés, dans l’ordre de leur choix, «dans la limite d’un nom de famille pour chacun d’eux». Une nouveauté qui concerne tous les couples : si les parents ne se mettent pas d’accord sur le nom, l’enfant prend automatiquement les deux noms de famille accolés, dans l’ordre alphabétique. Jusqu’ici, c’était le nom du père qui était donné en cas d’absence de choix. Un enfant adopté devra porter le même nom de famille que ses frères ou sœurs aînés.

Conséquences pour les généalogistes


Nous avons presque tous dans nos familles des enfants nés de parents inconnus ou de père inconnu. Cela ne pose pas de problème majeur pour la construction de nos arbres. En ce qui concerne le mariage de deux personnes du même sexe, aujourd'hui je considère que la généalogie est tout à fait capable de s’adapter.

En effet,
- soit un des deux ou les deux parents avaient déjà des enfants d'une relation préalable hétérosexuelle, auquel cas on peut déterminer une filiation classique
- soit aucun des deux parents n'avait d'enfant d'une union préalable, et le généalogiste s’arrête là.

Logiciels de généalogie et formes de procréation
Dans les deux cas, les logiciels de généalogie, comme celui que j’utilise Hérédis,  autorisent le choix d'un sexe qui est le même pour chacun des deux parents, donc on peut faire figurer le couple dans son arbre. Trois cas peuvent se poser :
- l'adoption par un couple homosexuel
- la procréation par un couple homosexuel de façon naturelle
- la procréation par un couple homosexuel par la Procréation Médicalement Assistée

Adoption
L'adoption par un couple homosexuel  est identique au cas de l'adoption par un couple hétérosexuel. La problématique est la même. 

Procréation naturelle
La procréation naturelle par un couple homosexuel représente le cas où une des femmes du couple a des relations hétérosexuelles en vue de tomber enceinte et d'avoir un enfant. Si le géniteur est connu, on peut le nommer partir de lui pour remonter la filiation de l'enfant, sinon, on sera dans le cas d'un "père inconnu". On peut aussi considérer l'autre femme du couple comme étant le conjoint naturel et que partir de cette personne pour faire la généalogie de l'enfant. 

Mère porteuse ?
Dans le cas où un couple d'hommes utilise les services d'une mère porteuse pour avoir un enfant, on a la même problématique. La mère porteuse étant la mère biologique de l'enfant à naître, doit-on partir d'elle pour établir la généalogie de ce dernier ? Le cas se complique bien sûr si les dons de spermatozoïdes ne proviennent pas de l'homme du couple, mais d'un tiers. On a dans ce cas une mère porteuse qui est la mère biologique et un père inconnu. La filiation généalogique doit donc partir de ces données. Ce cas n’est pas encore autorisé en France mais il existe dans la réalité. 

PMA 
La procréation médicalement assistée renvoie aux mêmes problèmes que ceux soulevés précédemment. Non autorisée en France pour les couples homosexuels, elle se pratique dans plusieurs pays européens. Des couples français ont eu des enfants par ce moyen et ils sont à intégrer dans nos filiations. Si on connaît le géniteur, il semble logique de partir de ce dernier pour établir la généalogie de l'enfant, sinon, on doit considérer l'enfant comme ayant un parent inconnu. C’est le cas dans mon arbre généalogique. Cela n’empêche nullement de remonter la filiation du conjoint qui constitue la filiation « sociale » de l’enfant. Celle-ci peut avoir un intérêt pour l’enfant car elle a un rôle sur l’éducation et les choix qu’il sera amené à faire dans sa vie d’adulte.  Dans ce cas le généalogiste peut avoir le libre choix de sa recherche. 

Vers une filiation sociale ?


Les difficultés rencontrées par les généalogistes du futur ne sont donc pas insurmontables.  On  peut tout à fait établir la généalogie d'une personne en fonction des liens biologiques comme on peut la lier  à ses parents  qui l'élèvent. Nos logiciels permettent d’introduire ces deux dimensions si elles sont connues. Nous lisons les actes tels qu’ils sont rédigés, conformément aux lois en vigueur et nous savons nous adapter à toutes les situations. La généalogie n’est pas mise en péril. Au contraire, le besoin de connaître ses origines ne peut que se renforcer avec la complexification des familles. C’est pourquoi, on peut introduire, dans nos réflexions, à côté de la filiation biologique, une notion de filiation « sociale ». Le débat n’est donc pas clos.
A lire

9 juillet 1934, MARIAGE de Marcel et Germaine, mes grands-parents


Juin, c’est le mois des mariages, alors Sophie Boudarel nous a proposé d’écrire un article sur nos blogs généalogiques, avec la consigne suivante : Vous êtes en possession d’une photo de mariage, d’un faire-part ou d’un menu ? Présentez le. Profitez-en pour vérifier que toutes les recherches sur les mariés sont à jour et contez leur histoire. 


Mes grands parents Marcel BOURGOIN et Germaine GUIBERT se  rencontrent le 22 avril 1933 lors d'un mariage. Ma grand-mère a toujours gardé la petite photo noircie de ce jour.  Un an après leur rencontre, leur mariage est célébré le 9 juillet 1934 à Auxerre. C’est un beau mariage, civil, qui s’est déroulé à la Mairie d’Auxerre, la famille GUIBERT demeurant rue la Borde à Auxerre dans l’Yonne (89). Marcel Alphonse BOURGOIN, né le 27 mars 1905 à Chailley,  âgé de 29 ans, Boucher,  épouse Germaine Lucienne GUIBERT, née le 8 janvier  1914 à Auxerre,  âgée de 20 ans, Employée des Assurances Sociales. 



Les mariés devant la Mairie d'Auxerre

Le contrat de mariage est reçu le 5 juillet 1934 par Maitre Eugène Chênel Notaire à Bussy en Othe.

Livret de famille


Le Maire-adjoint M. DARDE rédige et lit une allocution de mariage remarquée et élogieuse. Le texte tapé à la machine sur un papier jauni a été conservé par ma grand-mère.


Allocution de Mariage par l'Adjoint au Maire
Le repas de mariage se déroule au Restaurant Paul, rue du temple à Auxerre. Je n’ai pas retrouvé la trace du menu.  La fête, d’après les souvenirs de Hélène Martin leur cousine, a  lieu au Moulin Rouge à Auxerre, en plein air. Une belle photo de la piste de danse en témoigne.


Piste de danse au Moulin Rouge d'Auxerre
Les familles sont réunies autour des jeunes mariés. Rex Photo situé 17 rue Fécauderie à Auxerre  immortalise cet événement dont la photographie est parvenue jusqu'à nous. 

Photo officielle de Mariage

Les BOURGOIN : Alphonse Etienne le père de Marcel, Martine sa sœur ; les GODARD : Berthe GODARD, sa mère, Romulus GODARD, le grand-père ;  les CHARLOT des amis  de Chailley dont le fils André va se marier avec Martine ; Les GUIBERT : Lucien le père de Germaine, Robert son frère ;  Les BRUNEAU : Thérèse BRUNEAU sa mère, sa grand-mère Berthe PERREAU dite petite grand-mère ; les FOURNERAT d’Auxerre (89) :  le mari de Léa Albert FOURNERAT dit Tabert, son épouse Léa BRUNEAU ; les cousins FARCY de Neuilly (89).

Germaine s’installe chez ses beaux parents Grande rue à Chailley et gère avec son mari  la Boucherie familiale. Une vie de labeurs et de bonheurs.  Ils ont formé un beau couple,  complice et amoureux. C’étaient mes grands-parents.

PDF . Livret Marcel BOURGOIN

Les soldats de Turny dans la Grande Guerre

La Mairie de Turny  et le Cercle Généalogique  célèbrent la fin  du Centenaire de la Guerre 14-18  avec une exposition  Les sol...

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